- Introduction
Dans le monde d’aujourd’hui, la paix et la stabilité sont recherchées sur presque tous les continents. Trouver la paix de l’esprit, la paix du cœur et la paix véritable au milieu de la pauvreté, du chômage, des inégalités sociales et d’autres fléaux sociaux, est devenu important. Les pays élaborent des plans de développement pour tenter d’inverser les effets de tous les problèmes liés à la pauvreté.
La promotion du commerce et de la coopération a toujours été bénéfique, tout comme l’entrepreneuriat, le tourisme et d’autres interventions. Dans ce monde très polarisé, le multilarisme invite chacun faire des efforts en commerce et coopération internationaux pour la prospérité de son pays, du continent et du monde. Malheureusement, la politique est un autre jeu et les dirigeants mondiaux peuvent entraîner ou pousser leur gouvernement dans une direction risquée. Les barrières commerciales, les droits de douane et autres politiques coercitives n’aident pas. Ce n’est un secret de ponichinelle pour personne que le président Trump a décidé de donner la priorité à l’Amérique, d’augmenter les droits de douane et de prendre des sanctions contre d’autres nations, rendant ainsi difficile le commerce avec des pays considérés comme hostiles ou indésirables aux États-Unis.
Cet article examine ce sujet et tente d’aborder la multipolarité, le commerce international, la paix et la guerre, ainsi que la question des réformes de Bretton Woods et d’autres organisations mondiales comme les BRICS. Il s’inspire des questions posées par Kester Kenn Klomegah, journaliste européen de renom. Dans la première partie, je réponds aux questions sur la deuxième accession au pouvoir du président Trump et sur sa politique de priorité à l’Amérique. Quels sont vos arguments concernant l’AGOA (Africa Growth and Opportunities Act) qui expire en septembre 2025 et dont la suspension indéfinie pourrait avoir de graves conséquences pour l’Afrique ?
0.1 L’agression de la RDC par le Rwanda: une conférence internationale serait-elle un panacée?
Tout d’abord, je voudrais saisir cette occasion pour exprimer mes plus sincères condoléances à notre peuple de l’est de la RDC, une fois de plus massacré par l’arrivée des envahisseurs et des forces négatives de l’AFC/M23, soutenues par le Rwanda (et vice versa). Le monde a pu constater en ligne ou par des témoignages comment, à Goma, Bukavu et ailleurs, des civils innocents ont été tués, des femmes violées et d’horribles atrocités ont été infligées à une population déjà appauvrie, après plus de trois décennies de conflit et de guerre. En réalité, de nombreux génocides ont eu lieu en RDC et la communauté internationale n’a rien fait pour traduire les auteurs en justice. Je condamne ce qui s’est passé et demande à la communauté internationale, témoin de ce génocide du peuple congolais perpétré par les troupes rwandaises, d’agir sans délai.
La justice doit prévaloir dans l’est de la RDC comme partout ailleurs dans le monde. Un tribunal congolais doit être formé et j’ai également souscrit à la nécessité d’organiser une conférence internationale réunissant protagonistes et antagonistes, belligérants, partis politiques et société civile autour d’une table ronde avec les forces régionales de la SADC, de la EAC et de la CPGL, pour n’en citer que quelques-unes. Une solution africaine aux problèmes africains doit s’appuyer sur des protocoles et des lois internationaux, notamment des lois protégeant l’intangibilité des frontières héritées de la conférence de Berlin de 1884-1885.
0.2 C’est possible que la paix regagne
Cette mesure est essentielle pour rétablir la paix et la stabilité et décourager les expansionnistes potentiels de se lancer dans une telle hérésie ailleurs en Afrique. Je suis convaincu que lorsque la politique/les politiciens trahissent la nation, il est important de responsabiliser et de sensibiliser le peuple afin qu’il se libère des défis urgents que sont l’esclavage, l’injustice, la pauvreté et la mauvaise administration.
- AVEC TRUMP, C’EST L’AMÉRIQUE D’ABORD: PARADOX OU CONTROVERSE?
Maintenant, pour répondre à votre question, il est notoire de souligner que la politique du président Donald Trump a été controversée au fil des ans, mais la majorité des Américains ont néanmoins voté pour lui. Les anciens alliés naturels des États-Unis ne savent plus s’ils doivent soutenir ses positions, rester fidèles à leur accord (un peu comme complices), ou s’opposer publiquement à lui, comme nous l’avons vu après le débat télévisé avec le président ukrainien Zalensky. Que ce soit Zalensky ou Trump qui a raison, je ne veux pas m’étendre sur ce point, mais, je vais seulement observer que d’anciens alliés européens ont publiquement soutenu Zalensky. Ils ont même décidé d’aider militairement l’Ukraine en cas de refus des États-Unis de lui accorder la continuité et le soutien nécessaires. Que Zalensky ait présenté ou non des excuses aux États-Unis n’est pas, je pense, le sujet de cet entretien.
Il est évident que Trump rompra les liens traditionnels entre les États-Unis et l’Afrique avec sa politique de « l’Amérique d’abord », contrairement au principe biblique « aime ton prochain comme toi-même ». L’ironie du sort veut que le président Trump proclame les principes bibliques lorsqu’ils servent sa cause, mais n’hésite pas à expulser littéralement les Africains et autres ressortissants étrangers du sol américain, sauf lorsque le Sénat ou la loi l’en empêche. L’après-midi de sa prise de fonctions, il a signé une suspension de 90 jours de toute aide étrangère au développement, s’engageant dans un processus de retrait de l’Accord de Paris sur le climat et de l’OMC. De plus, l’Afrique allait être menacée par des sanctions imposées aux armées belligérantes. Dans ce contexte, il est difficile de ne pas douter de l’imprévisibilité de la politique aux États-Unis.
1.1 L’accord entre les Etats-Unis et la RDC: sécurité et développement contre l’exploitation minière
Concernant le Congo-Kinshasa, l’accord en gestation entre le président Tshisekedi et l’administration Trump sur l’exploitation minière, arrangement réputé gagnant-gagnant, redonne l’espoir à des millions de Congolais. Cependant, il serait préférable que de tels accords impliquent les institutions étatiques, y compris le Parlement, afin d’éviter les erreurs commises lors des précédents et multiples accords entre la RDC et d’autres pays. Le gouvernement devrait compter sur le peuple congolais et l’impliquer dans la définition des modalités de cet accord comme dans les efforts de récupération des territoires occupés. Un dialogue interne entre tous les représentants congolais serait primordial pour trouver des solutions à la crise actuelle. La transparence, la bonne gouvernance, l’inclusion géopolitique et géostratégique de toutes les forces et l’équité dans ce combat sont les éléments essentiels pour que le pays remporte la guerre et soit prudent dans cet accord.
Selon moi, Il est temps de remanier la classe politique afin d’intégrer du sang nouveau et de nouvelles idées pour la cohésion sociale, la bonne gouvernance et la protection de l’intégrité territoriale. Le parti politique Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) fort, uni et inclusif est une force sur laquelle il faut compter dans ce processus, mais il convient de veiller à ne pas marginaliser les autres formations politiques.
1.2 l’Afrique sauvera le monde de demain
Concernant les relations entre Etats-Unis et l’Afrique, Il est difficile de comprendre pourquoi les conseillers du président Trump ne parviennent pas à lui démontrer à maintes reprises que l’Afrique offre une opportunité extraordinaire aux États-Unis grâce à la croissance des marchés et des consommateurs, comme l’a un jour déclaré le conseiller sénatorial aux Affaires étrangères, M. Rubio. Si l’Afrique comptera un habitant sur quatre sur Terre d’ici 2050, il serait un peu myope de ne pas se concentrer sur l’Afrique en termes de commerce et de développement. Si l’on considère en outre le vieillissement rapide de la population dans les pays occidentaux les plus laïcs et dans les pays riches, comme le Japon, la jeunesse africaine constitue un réservoir pour le développement des pays industrialisés, sauf lorsque la mécanisation/robitisation des activités industrielles prend le pas sur le capital humain. Même à cet extrême, l’entreprise aura besoin de gens pour programmer les machines, les réparer et repenser le système si nécessaire pour son bon fonctionnement et sa réussite. Ne pas le faire nous emmenerait au chaos dans l’avenir. Je suis d’accord avec Cory Booker lorsqu’il affirme que le manque d’attention portée à l’Afrique peut mettre en danger la planète entière. À mon avis, il serait imprudent d’isoler les États-Unis de l’Europe, de l’Afrique et du reste des continents.
1.2.1 Pourquoi l’Afrique est-elle l’avenir du commerce et du développement ?
| Avantages de l’Afrique en matière de commerce | Informations factuelles |
| Population | La population la plus jeune de la planète. 60 à 65 % des Africains sont jeunes, 60 % ont moins de 25 ans.
Soit 1,5 milliard d’habitants |
|
Ressources naturelles/minérales, exploitation minière |
Ressources naturelles/minérales, exploitation minière : Le continent le plus riche en minéraux, notamment en chrome et platine (90 %), coltan (80 %), lithium, cuivre (60 %), cobalt (56 %), or (40 %), diamant (60 %), uranium, etc. Terres arables (65 %), et la source d’eau douce renouvelable de la planète (10 %). |
| L’Afrique est à la traîne en matière de technologie et de TIC en général | Il existe une opportunité de percer dans ce domaine. Seuls 50 % des pays africains ont des compétences informatiques prévues sur le programme scolaire, contre 85 % à l’échelle mondiale |
| L’Afrique est un continent et un marché immense | Une immense masse continentale abrite 65 % des terres arables de la planète ; 1,5 milliard d’habitants avec une superficie de 30,37 millions de km² |
| Quelques pays africains ont rejoint les BRICS, une alternative aux accords de Bretton Woods | L’Afrique du Sud, l’Éthiopie et l’Égypte ont rejoint le mouvement, et d’autres attendent leur tour |
| Main-d’œuvre bon marché dans le secteur manufacturier | Concurrence accrue avec la Chine et l’Inde |
Source: information du domaine public
Le tableau ci-dessus présente la diversité des minérais et autres ressources de l’Afrique. L’Afrique possède 60 % des réserves mondiales de diamants et 80 % du coltan, dont la majeure partie se trouve en RDC.
1.2.2 Les défis de l’Afrique
En Afrique, les réactions sur les questions importantes des dirigeants tarderont toujours à venir, notamment en raison de la traditionnelle timidité de l’Union africaine et de ses États membres, à l’exception de l’Afrique du Sud sur, par exemple, la question ukrainienne, et principalement sur la guerre israélo-palestinienne, ainsi que les BRICS.
Cela n’a pas toujours été le cas, si l’on considère la trahison de l’Afrique, qui s’est tue lorsque la Libye de Kadhafi a été attaquée par les États-Unis, aidés par la France, laissant le pays dans un état de chaos après des années de guerre civile et de conflits tribaux. Il est clair que des efforts supplémentaires doivent être faits pour renforcer l’Union africaine et d’autres institutions continentales telles que le Parlement panafricain. Il ne s’agit pas de cautionner la dictature et la mauvaise administration, mais de rappeler que les forces extérieures ne doivent pas dominer les forces intérieures dans la recherche de solutions aux problèmes africains.
Je pense qu’il est temps que l’Afrique retrouve sa voix commune afin d’ouvrir la voie à une Union africaine plus unie et plus forte, telle qu’elle était censée être selon les pères de notre indépendance et de notre liberté, à savoir Knwame Krumah, Julius Nyerere et Patrice Emery Lumumba, pour n’en citer que ceux-là. Une Afrique en paix avec elle-même est une Afrique qui peut voir le commerce et le développement économique prospérer au profit de la majorité, voire de tous ses habitants, noirs, y compris arabes et métis, comme blancs.
L’Afrique ne sera libre que lorsque toutes ses nations le seront. Lorsque des personnes d’origine africaine expriment leur colère contre une nation africaine en soutien aux puissances impérialistes, c’est pour le moins une trahison envers la patrie. J’aimerais voir les Africains s’unir pour lutter contre la pauvreté, le chômage, les inégalités et la criminalité en promouvant l’entrepreneuriat, le réseautage, les échanges d’expertise en matière de technologie et d’idées innovantes dans tous les aspects de la vie. Les États africains devraient faire des PME les moteurs de la croissance économique en créant un environnement commercial propice et en les protégeant des effets parfois négatifs de la libéralisation des échanges. Les PME sont souvent surclassées et étranglées par les multinationales, en raison de leur manque de liquidités. Selon Trymore Chingwaru, la protection des PME pourrait prendre la forme d’incitations financières, de transferts de technologie des multinationales vers les PME et de promotion des marchés intérieurs par le biais de droits de douane sélectifs à l’importation.
Mettre les populations d’origine africaine au service d’envahisseurs est un tort causé au continent et une attitude égoïste qu’il faut condamner. Les Africains devraient se joindre à d’autres nations pour forger des partenariats afin de servir l’humanité ensemble, conformément aux enseignements de Nelson Mandela et d’autres dirigeants visionnaires. Unis, nous sommes plus forts et invincibles.
1.3 Que dire de l’AGOA, du commerce international et de la protection environnémentale?
À mon avis, la Loi sur la croissance et les opportunités en Afrique (AGOA), qui expirera en septembre 2025, devrait être reconduite comme elle l’a déjà été, faute de quoi une suspension prolongée aurait des conséquences très négatives pour l’Afrique. Pourquoi le président Trump suspendrait-il un plan aussi utile uniquement pour son second mandat de quatre ans, si après lui, il sera probablement réintroduit par quelqu’un d’autre ? Je pense que cette instabilité et cette incertitude n’aident ni l’Afrique, ni les États-Unis, ni le reste du monde.
C’est pourquoi, je crois que l’économie a besoin de constance et de stabilité pour prospérer. Il a fallu à la Chine au moins trois décennies de croissance soutenue et une croissance de 10 % (ou environ) de son PIB ce temps durant pour faire de son économie, une économie de réussite telle que nous la connaissons aujourd’hui. L’Afrique doit apprendre et désapprendre de l’expérience passée, de ses réussites et de ses échecs, et chercher à résoudre les problèmes fondamentaux en s’inspirant de l’expérience des autres et en innovant.
Cela dit, l’Afrique doit se relever. Il est temps que nous apprenions à créer nos marchés, qu’ils soient nationaux, régionaux et continentaux, avec leurs répercussions sur le commerce et la coopération internationaux. Que manque-t-il à l’Afrique, avec toutes ses ressources et son potentiel, continent le plus jeune en termes de population et le plus riche en minérais et ressources naturelles, notamment le diamant, l’or, l’uranium, le cobalt, le coltan, le lithium, la cassitérite, le cuivre et le platine ?
L’Afrique, la RDC avec sa tourbière, est le premier poumon de la planète Terre après la catastrophe qui a touché l’Amazonie. C’est notamment dans la forêt équatoriale en RDC, où la terre africaine marécageuse permet à notre planète de respirer et d’expirer, bénéficiant ainsi tous, et à ce que l’on appelle le « premier monde », alors que ce dernier est responsable de l’accélération de la pollution planètaire et de ses conséquences. La forêt équatoriale africaine continue de nous servir tous.tes.
Le changement climatique, le réchauffement climatique, les inondations et, dans une certaine mésure, le débordement du lac Tanganyika, sont des conséquences de la dégradation de notre climat due à une gestion environnementale insouciante, du moins dans une certaine mesure. Cela a déjà un impact dévastateur sur les moyens de subsistance d’une population qui peine à vivre.
1.3.1 Un leadership visionnaire et une population au travail
Le problème pour créer un marché viable n’est pas seulement d’en avoir la volonté, mais aussi d’en avoir le pouvoir. L’Afrique a besoin de dirigeants visionnaires et de travailleurs acharnés, prêts à concrétiser ses visions et ses plans de développement. Historiquement, le refus de l’OMC et des impérialistes, ces multinationales ayant des intérêts économiques en Afrique, de soutenir les initiatives de valorisation menées par l’Afrique a constitué un obstacle à cette création. Par exemple, ils ne toléraient pas que la valorisation des minérais se fasse si facilement sur le continent, et lorsque le soi-disant tiers-monde oserait le faire, ces entreprises et leurs lobbies opposeraient leur veto.
Pour y parvenir, il faudra réorganiser, ou plutôt repenser, l’ensemble du système économique et consolider toutes les forces vives de l’Afrique. L’Afrique doit être dotée de moyens en matière d’approvisionnement en électricité, d’eau, d’internet et de technologies, ainsi que davantage de capital humain pour prospérer dans les secteurs de l’industrie, de l’innovation et du développement économique. L’Afrique trouvera toujours de bons partenaires dans le monde libre pour soutenir cette cause. Une initiative multipolaire visant à atteindre cet objectif devrait être défendue par tous à l’avenir, et il conviendrait de promouvoir des négociations avec des institutions financières réformées ainsi qu’avec des organisations panafricaines.
1.3.2 Tensions et conflits au sein de la SADC et la politique des Etats-Unis
S’agissant de l’AGOA, je peux affirmer que les tensions diplomatiques entre l’Afrique du Sud et les États-Unis ne sont pas favorables, sachant que la République d’Afrique du Sud est l’un des principaux bénéficiaires de ce programme et un partenaire économique important pour les États-Unis sur le continent. Ces tensions découlent du plaidoyer de l’Afrique du Sud en faveur d’une Palestine libre, tout comme l’Afrique du Sud a tenté d’empêcher le M23 de gagner du terrain dans l’est de la RDC, alors que certains lobbies occidentaux pro-rwandais s’y opposent.
La question de l’expropriation foncière constitutionnelle sans indemnisation est un autre sujet brûlant que les deux administrations doivent aborder afin de trouver un terrain d’entente et de renforcer ainsi la coopération en matière de commerce et de développement. Sur tous ces points, l’Afrique du Sud doit agir comme il se doit : défendre les droits de l’homme et la justice pour tous, non seulement sur le sol africain, mais aussi à l’étranger.
C’est en raison de l’approbation par l’Afrique du Sud des agissements de la Russie, de la Chine et de l’Iran, dans une certaine mesure, et de son hostilité envers la politique d’Israël, que de nombreux républicains et démocrates tendent à favoriser, en accord avec la politique du président Donald Trump, la suspension de l’Afrique du Sud de l’AGOA, selon Peter Fabricius. La position de l’Afrique du Sud est perçue comme une menace pour la politique étrangère et les intérêts nationaux des États-Unis et viole donc son éligibilité à l’AGOA, a-t-il ajouté.
1.3.3 Que faire pour l’AGOA
En ce qui me concerne, en revenche, je pense qu’exclure l’Afrique du Sud de l’AGOA est grande une erreur, car les pays industrialisés devraient resserrer leurs liens plutôt que de les rompre. Selon Rosa Whitaker, l’AGOA a supprimé les droits de douane sur la plupart des produits de base en provenance d’Afrique afin de les dynamiser sur le marché américain. Cela a, selon elle, amélioré le niveau de vie de millions d’Africains depuis 2000, pour une fraction du coût de l’aide précédemment accordée et sans mettre en péril les emplois américains, sauf peut-être dans le secteur de l’aide.
- L’AFRIQUE, LE COMMERCE INTERNATIONAL ET LES RÉFORMES DES INSTITUTIONS
Dans cette deuxième partie, je pense que si les pays africains, dans leur majorité, réorientent leurs échanges commerciaux vers l’Asie comme stratégie, que ce soit dans le contexte des BRICS, comme le font également les pays émergents et les autres pays dits des tigres, je peux comprendre. Cependant, cela ne doit pas être perçu comme une solution durable, car cela ne résoud pas grand-chose, voire rien.
2.1 Des institutions à réformer, mais pourquoi?
Nous vivons dans un monde qui appelle au système multipolaire où les nations occidentales auront encore leur place pour commercer et coopérer. Il faut réformer les institutions de Bretton Woods, comme la Banque mondiale et le FMI, mais aussi l’OMC, qui risquent d’être contrôlées par l’industrie pharmaceutique au détriment des autres organisations dans l’accomplissement de leur mission au service de l’humanité. De nombreuses autres organisations, dont les Nations Unies et son HCR, ainsi que d’autres organisations mondiales, devraient également être réformées afin d’améliorer leurs services à l’humanité.
Pour les potentiels exportateurs africains, les défis sont nombreux : premièrement, la vision, la formulation et la mise en œuvre des politiques, la création de richesses sur le continent grâce aux partenariats public-privé, l’entrepreneuriat, l’industrie manufacturière, l’investissement dans la science et la technologie, et enfin, l’investissement dans la jeunesse. Je ne pense pas que l’Afrique puisse prospérer à l’échelle mondiale si nous peinons encore à faire des affaires sur le continent par manque de volonté politique, de vision, d’infrastructures, de cohésion sociale, d’intégration régionale et de capitaux.
Il faut, par ailleurs, savoir que les ressources constituent un potentiel de développement, mais elles doivent être utilisées de manière optimale, de manière à créer de la valeur ajoutée et de la richesse. Les minerais doivent être transformés, sinon localement, du moins dans la région ou sur le continent dans une large mesure, sauf lorsqu’il est judicieux et plus rentable de le faire hors du continent africain. Lorsque la richesse est créée, elle doit être redistribuée équitablement afin de réduire les inégalités sociales et leurs conséquences. Cela doit devenir un cycle et, pour ce faire, l’Afrique doit investir dans l’économie circulaire. L’avenir de l’Afrique, mais aussi du monde, repose sur le recyclage, la réutilisation, la réduction et la réingénierie, compte tenu de l’épuisement progressif des ressources et des minerais.
2.2 Est-ce le moment de dédolariser les économies?
Je ne pense pas qu’il soit temps de dédollariser complètement l’économie, ni pour l’Afrique, ni pour les BRICS encore moins pour le reste du monde, mais je pense que le processus doit commencer dès maintenant. Il est notoire que le système économique actuel, dominé par le dollar, favorise les États-Unis au détriment des autres. Il en est ainsi depuis des siècles. En 2015, des appels ont été lancés à l’Afrique du Sud pour qu’elle accumule des capitaux en yuans afin de combler ses déficits de liquidités et de financement, mais cela ne s’est pas concrétisé. Le yuan était alors devenu la sixième monnaie la plus utilisée pour le financement du commerce, la cinquième monnaie de paiement la plus populaire et la sixième monnaie de change la plus recherchée. Cependant, loin derrière le dollar américain, et pour changer cela, il vaut mieux se préparer, car cela pourrait être une nouvelle source de guerre, non seulement commerciale, mais au sens littéral du terme.
2.3 Ce que je propose
Il faut vaincre l’homme fort avant de prendre le contrôle de ce qui lui appartient, dit la Bible. Se débarrasser du dollar constituera le premier grand test concret de l’ambition plus large des pays BRICS de contrebalancer la domination mondiale de l’Occident. La réorganisation des échanges commerciaux et de la coopération entre les BRICS, comme alternative aux institutions de Bretton Woods, semble être l’une des voies qui ouvriront la voie à la dédollarisation du système. Je pense que l’idée d’avoir une monnaie BRICS, comme l’euro en Europe ou, comme je le prédis, l’afro en Afrique, pourrait nous aider à comprendre le remplacement futur du dollar. Je crois que les États-Unis devraient participer à une conférence internationale sur l’injustice que subissent tous les pays à cause du dollar. Peut-être les États-Unis pourraient-ils accepter et faire certaines concessions pour que la paix règne et que le dollar soit progressivement remplacé sur le marché mondial? Depuis la crise économique anglo-saxonne, la crise économique mondiale déclenchée aux États-Unis, pour être précis, la politique d’assouplissement quantitatif (ou quantitative easing en anglais), politique adoptée par les banques américaines et leurs homologues européennes, la compétitivité du dollar américain est considérée comme réduite. Malgré cela, la transformation complète du système monétaire doit être prudente et progressive. Toute tentative brutale de modifier la domination du dollar est une provocation et pourrait être perçue comme un appel au conflit, voire à la guerre.
Il n’y aura ni commerce ni développement en temps de guerre, sauf pour les munitions et au bénéfice des seuls milliardaires impliqués. J’appelle donc par la présente à la tenue d’une conférence internationale pour aborder cette question, continent par continent ou lors d’une conférence mondiale, et, si nécessaire, à un dialogue avec les États-Unis. J’appelle, par ricochet, à la paix.
- LA ZONE DE LIBRE-ÉCHANGE CONTINENTALE AFRICAINE (ZLECA) OU L’INTÉGRATION RÉGIONALE
Dans cette troisième partie de mes analyses, je tenterai de répondre à une question provocatrice. Les pays africains pourront-ils éviter d’être pris au piège par Donald Trump et sa nouvelle politique africaine officielle s’ils se concentrent plutôt sur l’élaboration de stratégies visant à améliorer le commerce intracontinental et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) ?
3.1 la controverse autour du Président Trump
Avant tout, il ne faut pas dire que toutes les actions de Trump sont mauvaises pour l’Afrique. Vous serez surpris de constater à quel point certaines des politiques qu’il défend sont saluées sur le continent, notamment celles qui sont conformes à certains principes bibliques. Certaines décisions sont, cependant, regrettables pour l’Afrique; notamment en matière de politique d’immigration. L’ancienne administration démocrate, qui a soutenu de nombreuses guerres dans le monde, n’est pas à l’abri des critiques. De nombreux Africains ont applaudi le président Trump lors de sa victoire aux côtés des Républicains. La population était loin de se douter que le président signerait de nombreux décrets contre les ressortissants étrangers et le commerce international, et qu’il menacerait même certaines nations juste après son investiture. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui ne savent plus quoi faire, le soutenir ou non.
3.2 L’intégration régionale est-elle une possibilité en Afrique?
Par ailleurs, je pense aussi que Trump n’est pas contre le commerce intracontinental. S’il prône une politique de priorité à l’Amérique, il tolérera certainement que d’autres agissent de leur côté. Comme je l’ai déjà dit, c’est une erreur, car nous sommes appelés à vivre dans un monde plus multipolaire où l’isolement est contre-productif. Le commerce intracontinental, l’Accord de libre-échange continental africain, la fameuse ZLECA, est un bon projet et devrait être soutenu par tous. Cependant, il doit être bien coordonné, et je suggère que l’intégration et la coopération commencent au niveau régional avant de s’étendre à l’ensemble du continent. Des organisations régionales ont tenté cette approche en Afrique, mais le processus est très lent en raison de la cupidité, de la discrimination et du manque de leadership visionnaire. Malheureusement, ce fut également le cas du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique, le célèbre NEPAD.
3.2.1 Défis d’intégration régionale en Afrique: cas de la SADC et de l’EAC
L’intégration au sein de la communauté est-africaine, par exemple, est remise en question avec la guerre dans l’est de la RDC, où le régime rwandais de Paul Kagame et d’autres pays de la région sont impliqués, activement ou passivement, bien qu’ils fassent partie intégrante de la même organisation. On observe également peu d’intégration dans la région de la SADC, les échanges et la coopération interpersonnels étant limités pour des raisons de visas, de lois xénophobes, etc. Dans ce contexte, quand l’Afrique, en tant que continent, parviendra-t-elle à s’intégrer, à promouvoir le commerce, la coopération, l’investissement et le développement ?
3.2.2 les immigrés/réfugiés contribuent au développement économique
L’intégration régionale favoriserait le commerce et le développement et créerait de la richesse pour des millions d’Africains ; c’est pourquoi je la soutiens. Des études ont démontré que les ressortissants étrangers contribuent au développement économique de l’Afrique. Une approche plus panafricaine pour gérer la question de l’immigration sur le continent devrait être encouragée. Elle serait le catalyseur d’une véritable intégration du continent africain.
- LA ZLECA, UN PANACEE POUR L’AFRIQUE?
Enfin, cette quatrième et dernière partie de cet article d’opinion vise à nous demander si le commerce et l’investissement étranger sont à la croisée des chemins, avec des risques et/ou des opportunités, alors que l’Afrique continue de connaître une certaine instabilité. Il s’agit aussi de répondre à la question suivante : que pensez-vous de la situation actuelle de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) dans le contexte des guerres commerciales menées par les États-Unis ? – question également posée par M. Komegah.
4.1 La Russie et la Chine profitent-elles des erreurs de l’occident pour s’enraciner en Afrique?
Avant d’aborder les États-Unis et l’Afrique, examinons les relations entre la Russie et l’Afrique, et dans une certaine mesure la Chine, en matière de commerce et de coopération. La Russie a aidé l’Afrique principalement dans ses luttes politiques et, dans une certaine mesure, dans ses luttes militaires ou armées. Elle a peu investi, même récemment, dans le commerce et le développement économique. Comparée aux États-Unis et à l’Europe, la Russie a peu agi avant et après la guerre froide, et elle continue, malheureusement, de le faire encore aujourd’hui en Afrique.
Néanmoins, l’esclavage et le passé colonial de l’Europe en Afrique, l’approche impérialiste des États-Unis et leur position hégémonique ont incité les dirigeants africains à se tourner vers la Russie et la Chine pour coopérer (sauf maintenant que la RDC veut abandoner les accords signés avec la Chine pour les Etats-unis!). Les Africains réclament un système plus juste et équitable en matière de commerce et de développement. Les institutions de Bretton Woods, l’ONU, le Conseil de sécurité des Nations Unies, l’OMC et d’autres organisations similaires doivent être réformées pour instaurer une relation mutuellement bénéfique. À défaut, les États africains se tourneront vers d’autres institutions telles que les BRICS et d’autres organisations similaires, qui nécessitent également des réformes. Les exportations de l’Afrique du Sud vers les BRICS, par exemple, se sont élevées à 20 822 200 millions de dollars, dont 17 289 474 millions de dollars pour les minerais. Les importations de l’Afrique du Sud se sont élevées à 3,6 milliards de rands, soit 683 004 millions de dollars, et à 1 273 196 millions de dollars en 2013.
Le mercantilisme, comme théorie du XVe au XVIIIe siècle, enseignait que les pays accumulaient des richesses monétaires en favorisant l’exportation de matières premières et en décourageant les importations. Cependant, l’opinion néo-marxiste postule que les multinationales ont exploité l’Afrique pendant trop longtemps, suivant ainsi une approche mercantiliste du commerce (mémoire de licence de Nyandu).
Comparaison de la croissance économique
| PAYS | ANNEE 2016 | ANNEE 2015 |
| % | % | |
| ETATS-UNIS | 39 | 38 |
| CHINE | 34 | 34 |
| ALLEMAGNE | 19 | 19 |
| ROYAUME-UNI | 11 | 11 |
| INDE | 9 | 9 |
| BRESIL | 8 | 10 |
| JAPON | 5 | 8 |
| RUSSIE | 5 | 6 |
| MEXIQUE | 5 | – |
| EMIRATS ARABES UNIS | 5 | – |
| INDONESIE | – | 6 |
| AUSTRALIE | – | 6 |
PricewaterhouseCoopers (2016) in Isheloke (2018)⁎
Comme le montre le tableau ci-dessus, aucun pays africain ne figure parmi les meilleurs en termes de croissance économique. Cela signifie que l’Afrique doit encore créer de la richesse pour que l’économie puisse être redistribuée équitablement. Avec 38 %, les États-Unis arrivent en tête en termes de croissance économique, suivis de la Chine avec 34 %. Par rapport à ce défi, l’Afrique ne doit pas rejeter la faute sur les autres. La corruption, par exemple, est un cancer qui décimera l’Afrique si rien n’est fait pour l’enrayer. Il y a plus de dix ans, en 2013, on rapportait que plus de 50 milliards de dollars étaient perdus chaque année en Afrique en raison de flux financiers illicites. En raison de la corruption, du blanchiment d’argent, du racket, ainsi que de problèmes tels que la mauvaise administration et la mauvaise gestion des fonds et ses équivalents, l’Afrique connaît une hémorragie sans précédent de devises et de ressources. Les réformes doivent également remédier aux failles du secteur bancaire et du commerce international afin de favoriser les investissements commerciaux en Afrique.
4.2 le temps de la paix, c’est maintenant
Pour revenir à votre question, je conviens que l’Afrique se trouve à la croisée des chemins, avec des risques et des opportunités liés à l’instabilité endémique, en particulier dans la région des Grands Lacs. Au Mozambique, pays membre de la SADC, au Soudan et dans le nord-est de l’Afrique, la guerre et les conflits sévissent. L’Union africaine et l’ONU semblent dépassées, tandis que les pays BRICS restent les bras croisés.
Pour que le commerce, les investissements et le développement prospèrent, l’Afrique a besoin de paix et de stabilité, mais même en temps de guerre et de conflit, des mesures doivent être prises. Des initiatives de maintien de la paix doivent être mises en œuvre, l’aide aux plus démunis est une nécessité, des investissements dans la cohésion sociale et, lorsque cela est possible, dans les infrastructures doivent être réalisés. Il est nécessaire de prendre des risques calculés en investissant dans les populations et les nations, car ces investissements constituent des opportunités de croissance économique future en période de reconstruction.
La coopération en matière de commerce et de développement doit être le pilier de notre développement économique. Je pense que la ZLECA doit maintenant être revue et renégociée afin de permettre des avancées au niveau régional et d’ouvrir la voie à des progrès sur la scène continentale. L’Afrique a besoin d’un engagement avec les pays occidentaux et les BRICS pour prospérer et promouvoir une paix durable. Les guerres commerciales entre l’Occident et les économies asiatiques, ainsi que les intérêts africains, sont inévitables, mais la diplomatie permet de les résoudre afin d’éviter une véritable escalade.
- CONCLUSION
Enfin, j’ai abordé quatre questions majeures dans cet article d’opinion. L’essentiel de mon travail portait sur la guerre commerciale, les droits de douane, les relations internationales dans un monde multipolaire et les réformes de Bretton Woods et d’autres organisations mondiales comme les BRICS. En développant ces idées, j’avais à l’esprit l’Afrique et le monde libre. Je l’ai fait afin d’appeler à la paix, à la stabilité et à des politiques commerciales internationales saines pour lutter contre la pauvreté, le chômage, les inégalités sociales et autres fléaux sociaux. Sans paix et stabilité, nous ne pouvons rien faire pour développer nos pays et le monde ou bien bâtir un avenir meilleur. Mettons tout en œuvre pour gérer judicieusement la guerre commerciale, la coopération internationale, le commerce et le développement. Ce faisant, nous assurerons ensemble un avenir meilleur pour tous, un avenir où la pagaille autour de la guerre commerciale ne se transformera en guerre conventionnelle, et cela au grand jamais!
⁎PricewaterhouseCoopers (2016). In: Isheloke, B. E. 2018. Exploring the effects of BRICS partnership on mineral beneficiation in South Africa. Ph.D Thesis at Durban University of Techonology
L’auteur de cet article, le professeur Dr Byelongo Elisée Isheloke est détenteur d’un doctorat en sciences de gestion avec spécialisation en administration des entreprises, d’une maîtrise en management, d’une licence en gestion de l’Université Technologique de Durban (DUT). Il a enseigné dans cet Alma mater pendant quelques temps, avant et après la fin du 3è cycle, avant de travailler comme chercheur postdoctoral à l’Université du Cap (University of Cape Town (UCT)). Prof Byelongo est aussi pédagogue et économiste des affaires. Il est en plus consultant indépendant en recherche, analyste d’affaires et stratège en redressement économique. Il travaille comme recteur de l’UEC, Université Espoir du Congo, professeur associé à l’Institut Supérieur Pédagogique, enseignant accrédité/diplômé des langues (français FLE, anglais, espéranto…). Il a, récemment, été invité comme professeur visiteur à Dr John Garang Memorial University of Science and Technology au Soudan du Sud. Byelongo cherche pour le moment de verts pâturages. Vous pouvez le contacter par mél à l’adresse: ebyelongo@gmail.com